Guide du jeune prof

Soutenir le moral des jeunes profs

29 mai 2007

Conseils

Aujourd'hui j'ai donné des conseils à un collègue.
Il est prof de musique et il a de nombreux problèmes de discipline. Il faut dire qu'être prof de musique n'est pas facile, car la matière n'est pas prise au sérieux par les élèves.
On est en fin d'année, donc mon conseil est difficile à appliquer, car le travail sétend sur une année.

  1. Entamer l''année en étant hyper-sévère, hyper-strict, et comme il est au fond très cool, comme moi, je lui ai dit de se mette dans l'état d'esprit d'un sergent-chef.
  2. Punir, dès le début, de façon graduelle : par exemple, une punition très ennuyeuse mais formatrice en classe pour ceux qui ont oublié le matériel; une punition longue à la maison pour les bavards et autres manqueurs de respect. Au bout de trois punitions, un mot dans le carnet des parents si ça marche, ou une colle. On peut étendre à quatre ou cinq punitions avant la "grosse" punition, selon le contexte.
  3. Eventuellement, dans un carnet spécial, ou une un fiche d'appel remaniée, tenir la compte des comportements indésirables (élèves avachis qui mâchent leur chawing-gumen vous regardant du coin de l'oeil et en ricanant ponctuellement, etc)
  4. Valoriser les élèves qui participent et ne pas perdre de temps en classe à des conflits contre-productifs avec des provocateurs - ils ont besoin de se faire remarquer, leur prouver que pour se faire remarquer chez vous il fallait avoir un comportement positif - attention aux lèche-cul, évidemment.
  5. Toujours être dans une logique éducative (tu dois apprendre à respecter les autres, mon travail, tes camarades qui se tiennent correctement, et aussi la matière, même si elle ne te passionne guère, ce qui est ton droit - mais pas celui de foutre la m...) - au besoin en rajouter un peu dans la logique éducative.
  6. Cette méthode, très consommatrice de temps lors du premier trimestre, en fait gagner finalement. Sur deux ou trois ans, on ne perd plus de temps en fiche de contrôle etc.
  7. Moi, il y a bien longtemps que je n'applique plus ces méthodes, parce que les élèves me connaissent, j'ai ma réputation ("avec elle, on ne peut même pas faire tomber une feuille de papier!"), et pourtant je pourrais affiner encore , mais en tout cas maintenant je fais ce que je veux dans les classes, y compris des blagues. L'année dernière, à la moindre blague que je m'oubliais à lancer, je flinguais moi-même mon cours. Maintenant je fais une blague, ils rigolent, je rigole, et puis tout d'un coup je change de visage, je leur dis que bon, ça y est, on a ri, on est content d'avoir ri, alors maintenant on bosse. Mais la réputation, il faut la construire, et plus on le fait vite, même si ça saigne un peu, plus on peut travailler confortablement (et après avoir passé pour un monstre, apparaître enfin comme un prof sympa, mais à qui on ne peut pas marcher sur les pieds).
  8. A chaque cours, punir celui qui fiche le bazar, d'entrée, et ça calme les autres.

Posté par theophano à 07:17 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


18 mai 2007

Rire

On ne peut pas rire à chaque cours, parce que cela devient répétitif. Mais j'essaie de les faire rire.
Je me demande s'il ne faudrait pas faire rire les élèves, systématiquement, soit une fois par semaine, soit, contrairement à ce que j'ai dit, à chaque cours, mais un peu.
(J'ai l'air peut-être trop systématique, mais au quotidien, on n'a pas toujours envie de rire, mais si je me rappelle de les faire rire, alors j'essaie d'être drôle).
On peut les faire rire soit par soi-même, en faisant du second degré, sur le rôle du prof, par exemple : cela a l'avantage de se rendre sympathique, et après les cours passent mieux; en plus, rire de soi-même montre que l'on a de l'assurance. Cela renforce son image auprès des élèves.
On peut leur présenter le sujet de façon drôle. Je n'ai aucun mal à le faire, mais par contre j'ai du mal à ne pas déraper : parce que les élèves ne captent pas toujours le deuxième degré, et ils peuvent prendre de l'humour pour argent comptant.
On peut faire des exercices drôles, ou un exercice drôle, parmi d'autre. On peut le leur faire faire en disant : attention, c'est de l'humour de prof. (parce que forcément tout le monde ne va pas trouver ça drôle).
Dans tous les cas, il ne faut pas en abuser : c'est sympa, et efficace, mais à condition de faire en sorte que, non pas l'ennui, mais le sérieux et la valeur du travail soient respectés.

Posté par theophano à 00:50 - Intéresser les élèves - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 mai 2007

Menteuse

L'une de mes élèves est vraiment très spéciale, perturbée, mais comme je ne suis pas psy je ne peux guère la décrire en terme technique.
Voici un incident :
Durant mon cours, qu'elle suit, elle dessine, en même temps. Il ne s'agit pas de simplement dessiner, elle veut que je la remarque, fait des mines, plisse les yeux, prend sa feuille et la regarde sous différents angles, se chuchote à elle-même de petits conseils...
Or, cette élève, que je connais bien (depuis trois ans), peut mettre un désordre terrible dans la classe. Parler avec elle, c'est perdre dix minutes, elle me prendra au piège d'un véritable dialogue de théâtre, insolent, spectaculaire, je sais qu'il vaut mieux lui laisser une marge de maneuvre. Je ne suis pas là pour lui clouer le bec, à elle, mais pour apprendre des trucs à 27 gamins.
Donc, je la laisse faire. Résultat : elle accentue son comportement.
La sonnerie de fin d'heure retentit, mais je les ai deux heures; ils sortent pour cinq minutes; je demande à la jeune fille de cesser de dessiner; elle ne dessine pas, me dit-elle; je lui montre la feuille, et elle affiche les signes d'une surprise excessive et outragée : Quoi? cette feuille-là? Et c'est à cause de ça que je m'imagine qu'elle dessine? Elle a fait ce dessin, oui, mais en français. D'ailleurs, elle a noté tout mon cours, elle peut me le montrer.
- je sais, lui dis-jen je t'ai vue. Tu as pris ton le cours, mais tu as dessiné en même temps.
Elle se lève, manifestant un bouleversement théâtral, et prend d'autres élèves à témoins :
- Dites-lui, mais dites-lui que j'ai dessiné en frnaçais et pas avec elle.
Les autres confirment.
Oui, dis-je, j'en conviens, elle a dessiné en français, mais aussi en histoire. Elle est au premier rang, sous mes yeux, je l'ai vue.
- Non, madame, me dit un élève. Elle l'a dessiné en français. Je vous assure.
Tout le monde s'est approché autour du bureau. La jeune fille explique la situation au nouveaux venus.
- Elle dit que j'ai dessiné en cours, alorsque j'ai dessiné en français. Elle se trompe, c'est parce qu'elle a vu mon dessin, mais je l'ai fait en français. (accentuant les effets dramatiques) J'en ai marre. On me dit qu'il faut queje fasse des efforts, j'en fait, et ça ne va pas, ça me retombe toujours dessus.
Elle s'assied, la tête posée sur ses bras, désespéré. Les élèves vont s'asseoir, en me regardant (ici, ils sont gentils) : madame.... c'était en français.... pas avec vous.
Je reste imperturbable, très fière de moi, car il y a deux ans j'aurais piqué une crise et on aurait perdu dut emps. Tout ce ci ne dure que deux à trois minutes. Je reprends le cours, isolant ma rage et ma colère dans un petit coin de moi pour savoir ce que je vais en faire.
Des mouvements ont lieu durant mon cours, regards, airs entendus, petits gestes : je les ai perdu, l'incident a déconcentré la classe. Hmmgrfffhh. Ma colère s'agite.
Quinze minutes avant la fin de la deuxième heure, je donne un travail à effectuer, prévu, et, très calme, je demande à la déléguée d'accompagner l'élève en question à l'administration. Mouvements; questions :
- Quoi? Qui? Pourquoi? Qu'est-ce qu'elle a fait?
Moi : L'attitude de X ne me paraît pas propice à maintenir une véritable ambiance de travail au sein de la classe, elle va donc travailler à l'extérieur.
La jeune fille, larmes aux yeux, prend son matériel et suit sa camarade comme une condamnée à mort.
Du coup, l'effet recherché est obtenu : l'agitatrice, dont aucun ne doute de la mauvaise foi, a reçu la juste punition, et tous  se mettent au travail avec bonne volonté. Je les ai retrouvé.
Ils travaillent, je passe dans les rangs, qui restent calmes, je donne des conseils, tout va bien. je suis même très satisfaite de ce que je lis en passant entre les tables.
Sonnerie de fin d'heure, midi.
Retour de la jeune fille, en larmes : le directeur l'a vue et veut que je rédige un rapport, elle sera peut-être exclue du collège. Les regards se tournent vers moi, pas une parole n'est prononcé, mais ils veulent dire : tout de même, madame!
car ils savent tous ou presque qu'elle ment, ma colère est justifiée, ma punition convenable, mais l'exclusion!!!
Enervée je remballe mes affaires, suivie par deux ou trois élèves qui ont des questions à me poser, qu'ils me posent par ailleurs tous ensemble, m'obligeant comme à chaque fois à leur demander s'ils croient que je peux comprendre trois questions posées en même temps sur trois sujets différents. Ils s'arrêtent tous de parler, car ils ne s'étaient pas rendus compte que d'autres me parlaient en même temps. Ils sont tous tellement le centre de leur monde qu'ils ne s'entendent même pas, au sens propre. Ils ne voient pas l'autre élève me parler, parce qu'eux seuls comptent pour eux.
Bref, je règle le problème avec l'administration, je sais faire, gérer mon direceur est pénible mais moins qu'une classe, et je retourne voir mon élève à qui j'explique qu'elle ne sera pas renvoyée mais que je ferai un autre rapport plus tard s'il le faut (menace qui plane pour maintenir suspens).

S'il vous plait vos commentaires! Soyez critiques, dites moi ce que vous auriez fait, etc.

Posté par theophano à 09:16 - les élèves - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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