07 décembre 2007
Question indiscrète?
Une question que j'ai toujours voulu poser aux profs expérimentés : comment commencez-vous l'année?
Comment repérez-vous les élèves difficiles? Que faites-vous alors? Vos trucs, quoi!
Bon, j'ai osé. Pourquoi on a toujours peur d'avoir l'air nul?
23 novembre 2007
Sixième
Non, je ne suis pas méchante. Je m'amause. Voici le récit du premier cours avec l'une de mes sixièmes.
Les sixièmes sont par essence enfantins, bébés, effrayés. Pas tous (pas l'autre sixième!)
J'ai eu cours, avec celle-là, le lendemain de la rentrée ; ils n'avaient pas eu beaucuop de cours ; cette sixième ne comporte aucun redoublant.
J'arrive, ils sont assis, je les fais lever d'un geste, sans dire un mot, super sérieuse, genre je fais un peu la guaule. Ils se lèvent, un peu en panique, très vite : on a fâché la prof.
Ils sont debouts : je leur dis : "Bonjour!"
Et, théâtrale : "Bien! vous venez d'apprendre deux règles essentielles : primo, on se lève quand j'entre ! Je suis LA prof. Deuxio, on obéit : je SUIS la prof.
Ils m'écoutent ; ils ne rigolent pas ; ils stressent. Hou la. Allons-y molo, je vais les traumatiser.
-Asseyez-vous, dis-je le plus gracieusement possible, avec petit geste de la main.
Ils s'asseyent. Et restent là, assis, les uns bras croisés, les autres mains sur les genoux. Quasiment tous ont les yeux fixés sur moi. Sauf un ou deux.
Je m'assied.
Je sors quelques affaires. Je me redresse.
Rien.
Ils ne savant pas ce qui se passe. Je dois faire quelque chose, mais, là, je les ai figés.
Je prends la parole.
- Alors voilà, dis-je. (Ils sont suspendus à mes lèvres). Vous êtes des sixièmes. Vous êtes nouveaux. Ici, tout est nouveau tout est bizarre. Hein?
Quelques hochements de têtes. Peut-être même un sourire.
- Je comprends. Je connais. Alors, je vous explique les bases. Bon, déjà, quand on arrive en cours... (petite pause, suspens, je ménage un effet), le premier truc à faire, le premier, hein, surtout avec moi, les autres profs je sais pas ils vous diront mais avec moi, attention...
Ils m'écoutent toujours avec dévotion, les malheureux.
- On sort son livre.
Ouf ! Détente! Ils se relâchent, sourient. Ah, ah, ah! On sort son livre!
- Je sais, c'est tout nouveau, c'était pas comme ça en CM2, mais là, c'est la règle, on sort son livre.
(L'année dernière, une élève a levé la main, très sérieuse, pour me dire : Madame, c'était pareil l'année dernière! Et j'avais repondu :NOOONNN! je le crois paaaas! ce qui avait fait rire tout le monde)
Mais cette année personne ne bronche. Un seul se penche vers son cartable ; il est moins concentré que les autres sur mes paroles. Je le pointe du doigt.
- Toi ! dis-je.
C'est un distrait : il ne remarque rien, c'est son voisin qui le pousse du coude.(Eh, la maîtresse t'appelle!) Il se redresse, pris en faute.
- Que fais-tu? demandé-je. Il ne sait pas si je suis fâchée ou pas.
- Je sors mon livre, murmure-t-il.
- Bravo ! (Il se détend et sourit ; si je l'avais senti plus sûr de lui, genre j'en ai rien à foutre des profs, je lui aurais dit : T'ai-je demandé de sortir ton livre? Je n'ai fait que parler des règles mais celui-là, si je lui fais ça, il va s'évanouir).
Du coup, tout le monde sort son livre. mais bon, ce sont des sixièmes. Non seulement ça prend du temps, mais au moins la moitié de la classe ne sort que son livre.
J'enchaîne.
- Sortir son livre, dis-je, est la première chose à faire dans ma classe; et la deuxième, c'est...
Ils se redressent tous. Bon : il faudra aller doucement. Encore que certaines classes très impressionnables se détendent parfois trop vite.
Ils se redressent tous et me regardent, inquiets (mais moins que la première fois).
- La deuxième chose, c'est de sortir son cahier.
Cette fois, certains rient. Ils fouillent à nouveau dans leur sac ; mais il en reste encore 5 ou 6 qui n'ont pas eu la présence d'esprit de sortir leur trousse. C'est quoi, cette cuvée?
- En revanche, dis-je alors, ce qui m'énerve, mais alors ce qui m'énerve... c'est de devoir rappeler à certains qu'il faut sortir sa trousse.
Et hop, 5 ou 6 piquent un fard et re-farfouillent dans leur sac.
Voilà.
Conclusion : beaucoup de cinéma, un suspens gros comme une montagne, et les règles sont fixées. Comme cette classe est gentille, un peu molle, même, je n'ai pas poursuivi. L'année dernière, une fois que les élèves avaient compris que je plaisantais, que je jouais la méchante, ils se sont tellement de contractés que j'ai du reprendre mon jeu et en manipuler un ou deux histoire de. Non mais. C'est qui le chef chez moi, hein?
01 novembre 2007
Etre mise en difficulté
Je dois dire qu'avec le temps, je n'ai plus de problèmes pour prendre en main la classe. C'est devenu une deuxième peau. Tout coule tout seul, et non seulement je suis plus efficace, mais c'est un réflexe, comme de freiner quand on conduit, et en plus je suis de plus en plus gentille. Avant, je me sentais stressée, et je me durçissais. L'année dernière, c'était déjà mieux.
J'y reviendrai.
Mais il me reste quelques problèmes.
Un, par exemple. j'ai un élève assez insolent et très drôle. En outre, je l'aime bien. j'ai donc fait l'erreur de ne pas assez le reprendre : au fond, il m'amuse. Oui, mais voilà : il m'a mise en difficulté devant la classe.
J'ai réfléchi du reste à cette histoire de mise en difficulté.
Voilà ce qui s'est passé. Je ne sais plus ce qu'il disait, mais il a parlé sans lever la main, bon, il n'est pas le seul et je laisse, j'avoue, faire parce que tant que cela reste dans les limites, avec cette classe, cela ne me gêne pas. Il a fini par me lancer une petite phrase trop familière, et l'atmosphère de la classe a changé. Je me suis sentie très mal à l'aise, je lui en ai voulu, et j'ai dit, que je lui avais laissé trop de liberté, et qu'il fallait que je le reprenne en maion. Il a murmuré que c'était la différence entre un professionnel et un amateur, ce qui devenait franchement insolent. J'ai senti la colère me prendre, mais je suis restée zen. Je lui ai dit qu'on en parlerait après, mais qu'il avait dores-et-déjà une punition; sur quoi il m'a fait remarquer que je l'avais laissé faire, donc c'était de ma faute. Je lui ai cloué le bec en lui expliquant que c'était la punition qu'il aurait déjà du avoir, et que toutes celles que j'avais laissé passer allait lui retomber dessus. je suppose que mon ton de voix a du lui faire comprendre qu'il valait mieux ne rien dire, et nous en sommes restés là (petit dialogue en fin de cours, et dorénavant je serai vigilante).
Bon. Situation gérée, pas de colère, j'ai été très bien. Mais j'ai des doutes.
Primo, la colère. Je n'aime pas sentir monter ma colère. Que faire? Suis-je la seule que les élèves mettent en rage? Que faites vous quand la colère vous prend?
Deuxio, être mise en difficulté. Plus subtil. j'ai de moins en moins la sensation d'être mise en difficulté, sensation troublante et humiliante. Mais cela m'arrive encore parfois, et c'est horrible. La sensation d'être nulle, pas à la hauteur. Tout le mal vient de là. Comment lutter contre ce sentiment? Qu'en pensez-vous? Que faites-vous?
10 juillet 2007
Réponse à un commentaire.
Bambou demande des exemples de punitions ennuyeuses et formatrices.
Exemple de punition ennuyeuse et formatrice en classe:
Préparer des textes avec questions (une dizaine, une vingtaine). Cela peut être des exercices préparés d'avance mais que je ne ferais pas cette année.
Décrire une image : sachant que, dans mon collège, la rédaction est primordiale. Tu leur donnes (en cours, valable pour tout le monde et toute l'année) une méthode de description et ponctuellement tu donnes une image à décrire en punition. Si c'est baclé, tu fais recommencer.
Présenter des documents selon une méthode préétablie (en cours, pour tout le monde, pas pour préparer les punitions, mais pour apprendre à préparer les documents).
Résumer un texte en x mots.
Elle s'étonne de ce que je suggère de les donner en cours. Mon collègue était prof de musique. L'oubli du matériel (flûte) a pour conséquence directe une ou plusieurs élèves qui ne travaillent pas en s'en mopntrent réjoui. Les faire travailler leur permet de dire ensuite : si tu veux oublier ta flûte (ou ta peinture) pas de problèmes, mais voilà ce que tu feras.
Sinon, dans ma matière (histoire-géo), voilà comment je punis en classe, mais c'est très rare.
Je décide une activité comme un débat, ou un travail de recherche en groupe. Pour des raisons diverses, mes élèves ne prennent pas au sérieux ce genre d'activité, au point de me faire des remarques sur leur intérêt pédagogique. Je leur sors illico un travail hyper classique et pédagogique selon leur logique et généralement, ça les motive pour les cours suivants. Mais, je le répète, c'est rarissime. C'était plus fréquent avant, parce que, novice, je n'arrivais pas toujours à motiver les élèves. Maintenant j'ai progressé dans ce domaine.
Le prof a qui j'ai donné ces conseils est débutant, et je pense qu'après un an ou deux de ces méthodes il pourra les abandonner.
08 juin 2007
La voix
Un commentaire d'Elise Titane m'inspire une remarque : une prof de chant m'avait dit qu'en baissant sa voix dans les graves (soit essayer d'avoir une voix plus masculine) on obtient beucoup plus de respect de la part des auditeurs quels qu'ils soient.
C'est tout simple, mais c'est vrai. J'en jour maintenant : je prends une grosse voix pour dire : Taisez-vous! - ils rient, et se taisent.
12 avril 2007
Le dernier cours de la semaine
Il est dur, celui-là, parfois. Les élèves ont cours avec moi de 16 à 17 heures. Je n'essaie pas de faire de grandes choses, mais je ne leur dis pas. Je gratte du temps : j'arrive un peu tard, je discute, et je leur dis toujours que moi aussi, je voudrais être ailleurs, mais je vais faire mon travail - et qu'eux aussi vont le faire. Ils n'y croient guère, mais je les sens touchés par largument.
03 mars 2007
Casser le leader négatif
Une méthode pour casser un élève, à ne pas utiliser trop souvent sinon ça ne marche plus.
Atention, il ne faut pas être méchant, juste précis et rappeler que si on ne peut pas faire son travail, l'élève rompt une règle.
Appeler l'élève et lui donner un travail à faire en classe, très simple et rapide, relatif à ce qu'il a fait.
Exemple : "je m'engage à ne plus chatouiller mon voisin".
Je soigne la formulation et je dis par exemple : "tu vas t'engager par écrit à ne plus chatouiller ton voisin en classe. Prends une feuille et écris."
L'élève obéit, car votre demande semble logique et facile.
Vous reprenez le cours.
Il vous l'apporte ou vous allez le chercher, selon le code que vous préférez.
Vous lisez et vous lui faites une remarque sur ce qu'il a écrit. pas sur l'orthographe ou sur l'écriture, mais sur la présentation (la page est arrachée du cahier, il n'a pas mis son nom, etc). Vous faites cela à voix haute et devant tout le monde. Comment ose-t-il vous donner cela? Si son engagement est sérieux, il doit écrire correctement, etc.
Vous lui ordonnez de recommencer.
Ensuite, quand il a fini, vous reprenez à nouveau la feuille et cherchez l'erreur, le nombre de fois suffisant, selon le besoin que vous avez de montrer votre pouvoir sur l'élève. Il doit vous rendre un travail propre et clair.
Tout cela doit être assez spectaculaire. Quand vous parlez, vous martelez vos phrases et vous prenez l'air offusqué. A la fin, vous devez être très satisfait et l'indiquer par votre attitude.
09 février 2007
Agir sur les élèves
Il faut selon moi agir sur les élèves, leur faire un certain effet, les impressionner.
Chacun fait comme il veut, je répète que je voudrais bien avoir des témoignages.
Comment je fais moi?
Je me pose toujours dans une attitude très sérieuse et très responsable.
"Vous n'êtes pas obligés d'aimer la matière. Vous n'êtes pas obligés de m'aimer moi. Vous pouvez penser tout ce que vous voulez. Mais...
Vous devez être respectueux. Vous devez me laisser faire mon travail. Vous devez jouer votre rôle d'élève (et c'est vous qui définissez le rôle de l'élève).
Vous pouvez me faire des remarques. Vous pouvez me faire des suggestions.
Nous travaillons ensemble à construire un être humain plus libre et plus responsable : chacun d'entre vous."
Je le leur rappelle de temps en temps et je fais un peu de cinéma. Par exemple je leur dis : "Tu crois que je ne sais/aimes pas ce que je fais? Là, j'ai réagi comme ci et comme ça parce que je veux que tu apprennes à Travailler/respecter les autres, etc. Ils rigolent un peu, mais après, comme je suis cohérente avec moi-même, ils se disent bien que je suis rasoir avec mes théories mais ils respectent ça, avec scepticisme mais tout de même.
06 février 2007
Attitude et voix
L'attitude compte. Le langage corporel.
Ayez l'air aussi assuré que possible, sans devenir ridicule.
Une attitude de force tranquille, même si vous ne le ressentez pas.
Baissez votre voix, sans la fatiguer trop. Une voix basse attire plus le respect et fait plus sérieux qu'une voix criarde.
Entrainez vous si possible.
N'oubliez pas que l'enseignement est un jeu, comme un jeu d'acteur.
Je me demande s'il ne faut pas, quand on doute, s'entrainer à la maison pour se décontracter. Je ne l'ai jamais fait mais cela peut aider.
Ah! si : je me suis filmée une fois, et je me suis trouvée trop frêle, trop légère, dans ma voix, dans mes attitudes. Cela m'a aidé me transformer, mais en fait je ne sais pas de quoi j'ai l'air quand je fais cours.
27 janvier 2007
Comment prendre en main la classe?
Avant, il faut être convaincu de la nécessité de le faire.
Je serais intéressée par les réaction de mes collègues.
Peut-on enseigner en croyant qu'il faut être "gentil"? Attention, je vais aussi parler du respect des élèves. Il ne faut assurément pas être méchant.
Pour prendre en main la classe, je résumerai ainsi la situation.
- First you get the power
- Then you can bu as cool and sweet as you want.